Qu'est-ce que la méthode Schroth ?
Réponse courte : Schroth est la plus ancienne et la plus connue des écoles d'exercices spécifiques à la scoliose. Elle repose sur une correction active construite d'après le type de courbure de l'enfant, sur une respiration dirigée vers les régions affaissées de la cage thoracique et sur le maintien de cette position par le travail musculaire. Des essais randomisés indiquent qu'elle peut contribuer à ralentir la progression d'une courbure ; ces essais sont de petite taille et la certitude des preuves est faible, si bien qu'aucun résultat ne peut être annoncé d'avance pour un enfant. Chez un enfant qui a besoin d'un corset, l'exercice s'y ajoute et ne le remplace pas.
Ce que signifie l'exercice spécifique à la scoliose
Les exercices généraux du tronc travaillent la force, la souplesse et l'endurance, et ils se ressemblent d'un enfant à l'autre ; l'exercice spécifique, lui, se construit selon l'endroit où siège la courbure, son sens et la partie du tronc décalée. Désigné dans la littérature par le sigle anglais PSSE, pour physiotherapeutic scoliosis-specific exercises, il doit reposer, selon la recommandation SOSORT de 2016, sur quatre principes : auto-correction tridimensionnelle, éducation aux activités de la vie quotidienne, stabilisation de la posture corrigée et information du patient. Selon la même recommandation, la fréquence des séances va de deux à sept jours par semaine, selon la complexité de la technique et la vitesse d'apprentissage de la personne, et les programmes de longue durée comptent en général deux à quatre séances hebdomadaires.
De Katharina Schroth à nos jours
Mise au point en Allemagne dans les années 1920 par Katharina Schroth, elle-même porteuse d'une scoliose, la méthode est née devant un miroir : elle déplaçait vers le côté opposé la partie décalée de son tronc et dirigeait son souffle vers la région de la cage thoracique restée aplatie. Sa fille, Christa Lehnert-Schroth, en a fait une approche structurée autour d'une classification des courbures, appliquée pendant des décennies à Bad Sobernheim. Née de l'observation clinique, la méthode a longtemps été pratiquée sans essais randomisés, et les recherches contrôlées n'ont paru que dans les années 2010. L'âge de la méthode n'est donc pas celui de ses preuves, et son ancienneté ne dit rien, à elle seule, de son efficacité.
Ce que signifie ISST
ISST, pour International Schroth 3-Dimensional Scoliosis Therapy, désigne un programme international de formation issu de cette tradition et destiné aux physiothérapeutes. Il porte sur la classification des types de courbure, les principes de la correction tridimensionnelle, la technique respiratoire et le travail avec les enfants qui portent un corset. Les thérapeutes qui l'ont suivi figurent dans le répertoire de l'organisme de formation. Le certificat atteste une formation : ce n'est pas un titre officiel et il ne confère aucune autorité médicale. Un thérapeute certifié ne pose pas de diagnostic, ne demande pas de radiographie et ne prescrit pas de corset.
L'auto-correction selon le type de courbure
Le bilan établit où siègent les courbures, combien il y en a et dans quel sens chacune tourne. L'auto-correction consiste ensuite, pour l'enfant, à amener son tronc en position corrigée avec ses propres muscles : placement du bassin, allongement dans le grand axe, puis transfert du segment décalé vers l'autre côté, le tout devant un miroir et guidé par la main du thérapeute. Un mouvement juste pour un enfant se travaille en sens inverse chez un autre : une vidéo trouvée en ligne ne peut donc pas rendre le service qu'on en attend. La correction se construit d'abord allongé, puis assis, et seulement en dernier debout et en mouvement.
La respiration rotationnelle
Les vertèbres tournant autour de leur axe, la cage thoracique suit : les côtes se rapprochent d'un côté, s'écartent de l'autre, et le souffle va où l'expansion est facile. La respiration rotationnelle apprend à diriger l'air vers la région rétrécie ; la main du thérapeute aide l'enfant à sentir où l'air doit aller. Aucune promesse chiffrée sur la capacité respiratoire ne peut être tirée des essais.
Stabilisation et vie quotidienne
Construire la correction et savoir la tenir sont deux compétences distinctes : la stabilisation maintient la position par la contraction des muscles du tronc, travail invisible de l'extérieur mais fatigant. On raccourcit le maintien, on augmente les répétitions et l'on s'arrête dès que la fatigue défait la correction. Vient ensuite le transfert dans la vie quotidienne, qui est le deuxième principe : la position à table, le port du cartable, le regard penché sur le téléphone. On choisit quelques moments précis de la journée plutôt que d'en faire une consigne permanente. Dans les essais randomisés, les enfants suivaient en plus des séances supervisées un programme quotidien à domicile, et les résultats rapportés reposent sur cette charge quotidienne.
Le quatrième principe : l'information
L'enfant et sa famille doivent comprendre ce qu'est la courbure, pourquoi on la mesure, ce que vise le programme et dans quels cas revenir vers le médecin. Cette information dit aussi ce que la méthode ne promet pas : une famille qui ignore que la certitude des preuves est faible sera d'autant plus déçue si, au premier contrôle radiographique, l'angle ne diminue pas comme espéré.
Travail supervisé et travail seul à la maison
Un essai randomisé conduit en Turquie a comparé trois groupes d'adolescents : Schroth supervisé par un physiothérapeute, le même programme fait seul à la maison, et aucun traitement. L'amélioration mesurée sur le degré de la courbure et la rotation du tronc n'a été significative que dans le groupe supervisé. L'essai est petit et son suivi court ; il portait sur la supervision, non sur le format de la séance.
Quand la méthode intervient et quand elle n'intervient pas
Les degrés renvoient à l'angle de Cobb ; la décision revient au médecin.
| Situation | Place de l'exercice spécifique |
|---|---|
| Diagnostic posé, croissance en cours, courbure légère | Envisagé en complément du suivi |
| Enfant porteur d'un corset | S'ajoute au corset, ne le remplace pas |
| Courbure évolutive au-delà d'environ 25 degrés | Non retenu seul ; le corset entre en question |
| Courbure proche du seuil chirurgical | Décision du chirurgien du rachis |
| Asymétrie sous 10 degrés, attitude scoliotique | Aucun programme de scoliose nécessaire ; l'évaluation du médecin suffit |
| Douleur nocturne, fièvre, perte de force | Consultation médicale directe |
Les signes de la dernière ligne sont détaillés sur la page repérer les signes à la maison.
Ce que disent les preuves
Des essais randomisés indiquent que l'exercice spécifique peut contribuer à ralentir la progression d'une courbure, ainsi qu'à la symétrie du tronc et à la qualité de vie ; ces essais sont de petite taille, leur suivi est court et la certitude des preuves est faible. Les revues qui les rassemblent concluent que le bénéfice reste incertain, la variation des moyennes demeurant dans la marge d'erreur de la mesure radiographique. Une moyenne de groupe ne se convertit donc pas en résultat promis à un enfant. C'est le médecin qui juge de l'évolution d'une courbure, à partir d'un contrôle radiographique.
Ce que la méthode ne fait pas
- Elle ne remplit pas la fonction d'un corset ; chez un enfant qui en a besoin, l'exercice s'y ajoute.
- Elle n'est pas une alternative à la chirurgie ; près du seuil chirurgical, c'est le chirurgien du rachis qui décide.
- Elle ne promet pas d'effacer une courbure déjà installée : dans les essais randomisés, la variation moyenne de l'angle reste sous le seuil accepté comme cliniquement significatif.
- Elle ne pose pas de diagnostic ; celui-ci revient au médecin, à partir d'une radiographie prise debout et d'un examen.
- Un physiothérapeute ne demande pas de radiographie, ne prescrit pas de corset et ne recommande pas de médicament.
Ce qu'un certificat atteste et ce qu'il n'atteste pas
Lire le nom Schroth quelque part ne prouve pas que la personne qui l'emploie ait suivi la formation, et une phrase disant que l'on s'inspire de ses principes ne dit rien d'un document. Le certificat atteste qu'un cursus a été terminé et son évaluation réussie, à telle date et à tel niveau ; il n'atteste ni l'expérience, ni le résultat chez un enfant, ni le maintien à jour des connaissances. Plusieurs lignes de formation existent sous le nom Schroth ; aucune étude ne les compare entre elles, si bien qu'aucun classement n'est possible. Une famille peut demander de quel organisme vient la formation, en quelle année et à quel niveau elle a été suivie, demander à voir le document et, si l'organisme tient un répertoire de thérapeutes, y chercher le nom. Le diplôme de physiothérapie, lui, est un document distinct.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la méthode Schroth et en quoi diffère-t-elle d'une rééducation ordinaire ?
Les programmes généraux travaillent la force et l'endurance, et la même séance convient à presque tous les enfants d'un même groupe. Un programme Schroth se construit selon l'endroit où siège la courbure et le sens dans lequel elle tourne, si bien qu'un même mouvement peut se travailler en sens inverse chez deux enfants. Cet élément s'appelle l'auto-correction ; il est soutenu par la respiration en position corrigée et par le travail musculaire qui tient cette position.
Peut-on apprendre Schroth sur internet et le pratiquer à la maison ?
Comme les mouvements sont construits d'après le type de courbure de l'enfant, une correction vue en vidéo peut s'appliquer en sens inverse chez un autre enfant. Un essai randomisé conduit en Turquie a examiné directement cette question : le groupe travaillant sous la supervision d'un physiothérapeute a montré une amélioration significative du degré de courbure et de la rotation du tronc, contrairement au groupe qui faisait le même programme seul. Le programme à domicile est le lieu de la répétition, une fois le mouvement correctement appris.
L'exercice peut-il faire disparaître une courbure et le degré peut-il baisser ?
La variation moyenne mesurée dans les essais randomisés reste en dessous du seuil accepté comme cliniquement significatif et se situe dans la marge d'erreur de la mesure radiographique elle-même. La réponse honnête est donc que l'exercice peut contribuer à ralentir la progression d'une courbure, sans qu'il existe de preuve qu'une courbure déjà installée puisse être effacée. C'est le médecin qui juge de l'évolution, à partir d'un contrôle radiographique.
Le certificat du thérapeute, par exemple ISST, a-t-il de l'importance ?
Le certificat montre que la personne a terminé le cursus d'un organisme donné et réussi l'évaluation finale. Il ne dit rien de son expérience, du résultat à venir ni du maintien à jour de ses connaissances. La vérification est simple : demander de quel organisme, de quelle année et de quel niveau il s'agit, demander à voir le document et, si l'organisme tient un répertoire de thérapeutes, y chercher le nom. Le diplôme de physiothérapie est un document distinct.
À partir de quel âge la méthode peut-elle être appliquée ?
L'âge compte moins que la capacité de l'enfant à comprendre une consigne et à la réaliser dans son propre corps, car l'auto-correction se construit par son propre travail musculaire. Chez les plus jeunes, le programme est adapté : il s'intègre au jeu et s'appuie sur la famille au lieu d'être appliqué tel quel. La décision se prend en lisant ensemble le diagnostic du médecin et le bilan.
Sources
- Lehnert-Schroth C. Three-Dimensional Treatment for Scoliosis: A Physiotherapeutic Method for Deformities of the Spine. Martindale Press, 2007.
- Weiss HR. "The method of Katharina Schroth — history, principles and current development." Scoliosis, 2011;6:17.
- International Schroth 3-Dimensional Scoliosis Therapy (ISST) — programme de formation et description de la méthode, isstschrothmethod.com.
- Negrini S, Donzelli S, Aulisa AG et al. "2016 SOSORT guidelines: orthopaedic and rehabilitation treatment of idiopathic scoliosis during growth." Scoliosis and Spinal Disorders, 2018;13:3.
- Schreiber S, Parent EC, Khodayari Moez E et al. "Schroth physiotherapeutic scoliosis-specific exercises added to the standard of care lead to better Cobb angle outcomes in adolescents with idiopathic scoliosis — an assessor and statistician blinded randomized controlled trial." PLoS One, 2016;11(12):e0168746.
- Weinstein SL, Dolan LA, Wright JG, Dobbs MB. "Effects of bracing in adolescents with idiopathic scoliosis (BrAIST)." New England Journal of Medicine, 2013;369:1512-1521.
- Kuru T, Yeldan I, Dereli EE, Ozdincler AR, Dikici F, Colak I. “The efficacy of three-dimensional Schroth exercises in adolescent idiopathic scoliosis: a randomised controlled clinical trial.” Clinical Rehabilitation, 2016;30(2):181-190. doi:10.1177/0269215515575745
- Romano M, Minozzi S, Bettany-Saltikov J, Zaina F, Chockalingam N, Kotwicki T, Maier-Hennes A, Arienti C, Negrini S. “Therapeutic exercises for idiopathic scoliosis in adolescents.” Cochrane Database of Systematic Reviews, 2024;(2):CD007837. doi:10.1002/14651858.CD007837.pub3
- Zhu Y, Zhu C, Song H, Zhang M. “Effectiveness of Schroth exercises for adolescent idiopathic scoliosis: a meta-analysis.” PeerJ, 2025;13:e19639. doi:10.7717/peerj.19639
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